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2013/02/20

Rencontre avec Anelka


J’ai rencontré le sosie d’Anelka sur la ligne 3 : D’abord j’ai cru que c’était vraiment lui. Il était adossé aux portes du wagon, écoutant son lecteur MP3. Habillé classe, vraiment très classe. Détendu aussi, super détendu. Le type venait sans doute de sortir de la douche et du massage après des jeux de ballon pépères. 
J’allais lui demander un autographe quand je me suis aperçu que le type était plus beau qu’à la télé – En général, la télévision embellit – Prenez un type au physique médiocre, il fait beau gosse derrière le petit écran – L’inverse est impossible – un type qui fait plus beau dans la vie réelle qu’à la télé n’existe pas ou alors il n’est jamais passé à la télé. Ou alors il ressemble à la personne qui est passée à la télé mais ce n’est pas lui. J’en suis arrivé à cette conclusion trois stations plus tard : L’Anelka qui était là, cool, écoutant de la musique les yeux fermés n’était pas Anelka mais le sosie d’Anelka – Quel bouleversement ! Je voyageais avec le sosie d’Anelka – Les gens ne mesurent pas le choc émotionnel que crée le fait de voyager à côté d’un sosie. Quelque part on côtoie la vraie star tout en sachant que ce n’est pas la vraie star. Il y a quelque chose en plus. Quelque chose de plus fort. Le type est comme vous, comme moi et… comme Anelka. Il est mi-commun, mi-star. Ca pète ! En même temps, j’avais déjà été confronté à ce cas de figure trois ans plus tôt dans un magasin de surgelés Picard aux congélos assortiments de légumes. Alors que je chargeais mon petit panier de trois sacs de 250 grammes de poêlée méditerranéenne, j’avais croisé le sosie de Philippe Bouvard. L’effet n’avait pas du tout été le même. Je l’avais toisé puis bousculé sans ménagement, lui faisant perdre l’équilibre et son panier contenant des frites, des steaks et des oignons émincés. Quand un type passe la majeure partie de son existence à faire de la merde, ses sosies doivent payer. De plus, j’avais toujours haï les nains. Le surgissement de ce souvenir jubilatoire à la surface de ma mémoire m’amena à réfléchir (ce que, je l’avoue, je fais rarement). Au fond, qu’avait fait de bon Anelka en tant que footballeur ? A part ce fameux match amical contre l’Angleterre - à l’époque où il courait encore - où il avait marqué deux buts de l’au-delà, crucifiant les anglais et leur morgue légendaire, rien, que de chie, trou de balle, cacahuète… J’examinai attentivement le sosie d’Anelka. Le type avait deux têtes de plus que moi et était quand même pas mal balèze comparativement à moi. Aussi, je quittai la rame, la tête haute, sans même le regarder et me jurai intérieurement que si je rencontrais un autre sosie de Bouvard, je lui ferai sa fête.

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