dessin (167) texte (43)

2013/06/17

Mon vieux portable


Moi, mon téléphone portable, je l’aurais bien gardé toute ma vie. Y me plaisait bien son design tout pourrave. Je ne pouvais pas faire de photo. Je ne pouvais pas mater la télé ni faire de l’internet. Y captait pas partout et j’entendais pas sa sonnerie ringarde. Souvent, je l’oubliais chez ouame et je le retrouvais le soir naze, totalement HS. Je le rechargeais avec amour en lui promettant de l’emmener avec moi le lendemain matin. Le porter sur moi, c’était une fierté. Sentir son poids dans la poche droite ou gauche, ça me transportait. J’étais jouasse comme un jeune chien fou avec son os en plastoc fluo qui couine. Puis un jour, le drame. 

2013/06/05

Le bonjour du poète Ali


Ton train arrive en retard et tu en as marre
T’as le bonjour du poète Ali
Tu t’énerves parce que tu ne sais plus où tu as rangé ta chemise grise
T’as le bonjour du poète Ali
Tu psychotes parce que tu as grossi un peu
T’as le bonjour du poète Ali
Ton voisin fait trop de bruit
Tu ne trouves pas de place de parking
La baguette augmente encore de 5 centimes
T’as le bonjour du poète Ali
Ton évier est bouché
Tu t’es pris la tête avec ta copine
Tu ressens des pincements au niveau des lombaires
T’as le bonjour du poète Ali
Quel que soit ton problème
T’inquiète
Le poète Ali compatit
Et te passe le bonjour
Avec le sourire
Tu peux même aller le voir
A la station Auber
Entre les automates et les tourniquets
C’est là qu’il habite
Si ton cœur est trop lourd
Pour t’épancher
Il t’écoutera
J’ai souvent des migraines
Je voudrais la dernière tablette numérique
Pour les vacances, j’hésite entre la Grèce et l’Italie
Tu pourras tout lui dire
A la fin, il te chuchotera à l’oreille
Un poème
Qui chassera tous tes ennuis
Et tu repartiras, léger
Disant à chaque personne croisée
Eh, arrête de tirer cette tronche
Et de te faire de la bile
T’as le bonjour du poète Ali !

2013/05/28

Philippe Djian, Marguerite Duras et l'animatrice radio


La nana qui anime l’émission radio sur Marguerite Duras a un look de despote foldingue. Une épaisse tignasse blonde et bouclée couvre sa tête et s’agite comme une mer démontée à chacun de ses hochements intempestifs. Philippe Djian la rejoint sur scène, la démarche gauche ne sachant pas trop comment placer son corps dans cet espace qui aimante les regards. Il porte une tenue décontract’, un jean clair, des bottes en cuir marron, une chemise en coton pâle.

2013/05/22

Balade nocturne en Vélib





J’ai froid au départ. Mais c’est normal. Très vite, le corps chauffe avec les coups de pédale. La nuit tombe. Au bout de la rue, les tours de la Défense font penser aux éléments d’une station lunaire. Restaus et bars alternent, occupés par une clientèle jeune et huppée. Je prends la direction du bois de Boulogne. 

2013/05/14

Paris est magique!



L’idée était pourrie. Donner rendez-vous au Trocadéro aux supporters du PSG pour fêter le titre de champion de France ne pouvait que partir en sucette. D’ailleurs, les patrons de bar de l’endroit l’avaient pressenti, baissant les rideaux de fer de leurs établissements.

2013/05/11

La femme du coin


Elle s’est installée dans un coin, contre la vitre de la façade. À la façon mécanique dont elle s’est dirigée vers la table, on devine que c’est sa place. Elle aurait pu y aller les yeux fermés. Et elle aurait certainement tiqué si une personne s’y était trouvée, sans gêne provocatrice. Mécaniquement, le vieux garçon ventripotent s’approche d’elle. Il a le visage rouge et blasé. Sa tenue négligée comporte des taches. Quand les clients se font rares, il se poste devant le comptoir et regarde le match de foot sur l’un des grands écrans quadrillant la salle. À cause du temps maussade, la terrasse est en grande partie vide. Trois magrébins discutent, emmitouflés dans leurs volumineux anoraks. Une femme d’âge mûr et excitée fait des va et vient entre la table et le coin tabac, achetant des gratte-grattes. Un SDF barbu tend un récipient en plastique aux passants pressés et indifférents. À cause du temps maussade, les clients sont pingres. Ils renâclent à donner un pourboire et quand ils le font, le pourboire est minable. Quelques pièces jaunes aux reflets pâles. Le vieux garçon fait la tronche à cause de ça. Et également à cause de la journée qui s’étire en longueur, qui refuse de finir, qui s’obstine dans le surplace. Il est à peine quinze heures. Un vent rageur balaie la terrasse contraignant les magrébins à plier l’échine. Les nuages de fumée qu’ils expulsent par leurs bouches se déchirent et rendent l’âme. Au bout de l’avenue, une nuée de véhicules irascibles s’entassent en attendant l’assentiment lumineux d’un feu de signalisation. Des édifices en verre déserts aux logos absurdes se disputent avec les arbres qui reverdissent les regards sans buts. Le gris pesant du ciel, du trottoir et des murs enfle dans les têtes tandis que le froid tenace peaufine ses morsures. Le SDF obtient une cigarette.

2013/04/25

Récupérer son manuscrit


Le patron portugais et son fils me jettent le même regard outré : Mais évidemment que Cristiano Ronaldo est le meilleur joueur du monde !... Il y avait bien longtemps que je n’étais pas venu dans cette brasserie. A part le fils du patron qui a grossi rien n’a changé. Les plats, surtout, sont toujours aussi copieux. Dans mon assiette, trois épaisses tranches de rôti de veau superposées émergent d’une sauce rougeâtre coincée entre une montagne de salade composée et une autre de pommes de terre dauphine. Je vais sans doute prendre cinq kilos. Mais qu’importe, j’ai besoin de force aujourd’hui. Je commande d’ailleurs une deuxième bière, histoire d’atténuer mon angoisse. Pour une fois, les faits divers dans le journal ne m’absorbent pas. Je peine à les lire et les mélange. Est-ce qu’un animateur célèbre de TV a bien braqué une boulangerie ? Et l’agresseur au marteau a-t-il péri sous une avalanche en faisant du hors piste ? Le patron me propose un dessert. J’hésite, pensant à ma ligne (je me sens ballonné en ce moment, pas très bien dans ma peau). L’homme sec m’assure que c’est le dessert le plus léger du monde, que je ne vais rien sentir. J’abdique. Un pot rempli de fromage blanc, de miettes de gâteaux et de caramel remplace mon assiette vide… Bah, au point où j’en suis.

2013/04/05

Le sac plastique


Cinquième étage d’un immeuble. Je me mets au balcon pour humer l’air de cette fin de journée. Dans le ciel, des nuages bruns dégringolent, comme trop lourds, remplis de plomb et d’acier. Plus bas, la cours circulaire est vide. Enfin pas tout à fait. Entre la pelouse et les halls, un sac plastique. Le corps gonflé d’air et frémissant, l’objet effectue de grands cercles endiablés. Les anses dressées au dessus de sa tête invisible, il accomplit une chorégraphie joyeuse et insolite. Il tourne sur lui-même, virevolte, bondit, exécute de périlleux entrechats et de subtiles pirouettes. Puis, lorsque le vent cesse de souffler, l’objet s’affale, redevient statique et vulgaire, tapis moche, détritus parmi d’autres, ne suscitant pas le moindre intérêt. La magie s’est envolée. A tout hasard, je regarde les balcons voisins à la recherche d’un éventuel apprenti sorcier – Mickey, montre-toi ! - On ne sait jamais. Personne. Les gens sont définitivement chez eux, vaquant à leurs occupations ou s’abandonnant dans l’inertie. Je bois mon verre. Le vent souffle à nouveau, ressuscitant le sac, l’animant encore, ce n’est pas fini ! L’objet danse avec plus de frénésie que la première fois. Grands tours dans la cours, sauts, pointes, demi-tours, il semble infatigable, dans un état second, extatique ! J’ai la certitude qu’il ne vient pas d’un quelconque  supermarché. Qu’il ne s’agit pas d’un pauvre sac de course abandonné se déchirant dès que plus de trois articles y sont glissés. A l’instar de certains oiseaux, il a fait un grand voyage. Il vient d’Afrique ou d’Asie, ils étaient des milliers. Beaucoup ont péri pendant le périple, à cause du temps ou de la fatigue, parce qu’ils n’y croyaient pas ou qu’ils étaient fragiles. Lui-même a eu des moments de doutes, des hauts puis des bas, mais il est arrivé ! Après ces jours et ces nuits, ces pluies, ce soleil, ce froid ! Arrivé ! Alors il danse ! Flotte légèrement au-dessus du sol, les anses vibrantes, se frotte à lui et saute et tournoie. Le monde est à lui ! Séries de cabrioles extravagantes et l’objet s’immobilise à nouveau. Je n’attends pas que le spectacle reprenne. Je lève mon verre à l’objet puis rentre à l’intérieur de l’appartement. Merci.

2013/03/21

Eloge du dopage


Pour ceux qui observent avec attention les hommes et leurs comportements, il est amusant de noter qu’au sujet du dopage dans le sport, suivant les circonstances, ce sont les mêmes qui condamnent violemment le dopage – lorsqu’un cas de dopage est révélé -  et ce sont les mêmes qui s’extasient telles des vierges devant un acteur bodybuildé lorsqu’un record a été pulvérisé. Ne soyons pas dupes. Plus. Ni hypocrites. Assez. Non. Il suffit. Temps mort. 

2013/03/08

Le caillou




Les gens ne me calculent pas
La plupart bute sur moi sans le faire exprès
J’exécute des roulades plus ou moins chaotiques
Ou dans la chaussure de l’étourdi m’infiltre
Contrariés certains shootent sur mon corps indéterminé
Mon dos pourrait être ma tête
Et mes fesses ma poitrine
Je n’ai ni z’yeux, ni bras
Pourtant j’aurais aimé un jour porter des lunettes
Une chemise
Personne ne m’a peint ou chanté
Ou écrit sur moi un livre
Je n’ai jamais inspiré un poète
Un cinéaste ou un musicien
Ceux qui, par mégarde, m’emportent
Me rejettent au loin bien vite
En me maudissant à haute voix
Parfois des animaux m’avalent
Puis me régurgitent
Je ne suis pas nourrissant
Et n’ai aucune valeur
C’est la raison pour laquelle on me méprise
Ai-je été un jour la cause d’une guerre ?
Et pour me rendre hommage a-t-on élevé d’extravagants édifices ?
Non, ricaneraient les sages
Ce serait totalement stupide
Pourtant, j’ai plus de 100 millions d’années
Et j’ai fait fortuitement le tour de la terre
A plusieurs reprises
Je suis indestructible.

Exercice de sexe n°2 : Brad Pitt, l'arbre et la truie


La nénette m’avait bien chié dessus. Je l’avais pourtant draguée pendant de longues heures avec le raffinement d’un gentleman et la délicatesse d’un aristocrate désargenté. Elle m’avait envoyé bouler. 

2013/02/28

Le bar





C’est un bar de déglingos
Les touristes asiatiques n’y mettent pas les pieds
Préférant la brasserie rutilante à l’angle de l’avenue
Avec ses serveurs en tenue proprette
Les recalés de la vie s’y rassemblent
Asile au milieu de ce bourbier infâme
Oasis dans cet ahurissant bordel
Ils viennent des habitations pas chères
En briques jaunes ou rouges, aux crasseuses fenêtres
Situées derrière les rails du tramway qui font comme une frontière
Il y a cet homme à la gueule fracassée qui fume comme un pompier
Cette vieille maigrichonne a
vec son béret vissé sur la tête
Qui boit uniquement des kirs
Ce petit vieux couperosé et son compère, grand lecteur du Parigo
Monsieur Pérache, employé dans un ministère
Les deux cantonniers, Jérôme et Mickaël
Christophe, Raymond, Ibrahim, Aziz, Marie-Hélène
Ils restent le temps qu’ils veulent dans le commerce
Scellée au plafond, une télé diffuse en continu les infos
Les patrons changent la chaîne quand passe un match de foot
Abdel qui s’occupe de la cuisine supporte Marseille
J’y vais régulièrement
Je m’installe dans un coin, silencieux
Et bois mon café en contemplant
Des heures durant
La rue
Le tram qui passe et repasse
Ces naufragés touchants qui se laissent dériver
Indifférents au sort qui les attend
Et à eux-mêmes
Je suis ici chez moi

2013/02/27

Le top 7 des insultes de footballeurs


1 « Va vendre des gaufres avec ta sœur à la Bourboule ». C’est, parait-il, ce qu’aurait dit Materazzi à Zidane lors de la fameuse finale du mondial allemand. Tout le monde sait que les footballeurs détestent les gaufres et s’il y a bien un lieu où ces millionnaires refuseraient d’aller même avec une prime conséquente c’est bien à la Bourboule (ville où les gens meurent souvent de crises cardiaques d’ennui). Double chouma donc à qui est destinée cette insulte. On comprend alors certains réflexes coup de boulistiques.

2013/02/26

L'ultime bandaison


Les hommes cherchent souvent un sens à leur vie. Qui sommes nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? sont les questions primordiales qu’ils se posent à certains moments de leur existence, leur donnant l’expression grave des statues antiques au visage. Pour les non croyants, le silence qui suit ces questions suscite une terrible angoisse. Aussi, parmi ces gens, quelques-uns ont décidé de prendre les choses en main. Ils se sont réunis autour d’un bon gueuleton et ont décidé de constituer des groupes : le premier groupe serait chargé de répondre à la question « Qui sommes-nous ? », le second à la question « D’où venons-nous ? » et le troisième à la question « Où allons-nous ? ».

2013/02/20

Rencontre avec Anelka


J’ai rencontré le sosie d’Anelka sur la ligne 3 : D’abord j’ai cru que c’était vraiment lui. Il était adossé aux portes du wagon, écoutant son lecteur MP3. Habillé classe, vraiment très classe. Détendu aussi, super détendu. Le type venait sans doute de sortir de la douche et du massage après des jeux de ballon pépères. 

Zerdane et Bekouze : les neurones


2013/02/06

Exercice de sexe n°1 : Léchouille


Dès que je la vois j’ai envie de lui lécher la chatte. Je ne pense pas à l’embrasser ou à l’étreindre, non, je veux bouffer son minou et doigter son joli petit cul. Comme elle n’est jamais contrariante pour ce genre de choses, elle offre sa fente à ma bouche comme un bon roudoudou. Tout de suite ma langue s’active, appliquée et méticuleuse. Elle soupire, s’étire et mouille. Son corps effectue des mouvements pour que sa chatte réponde à mes pelles gourmandes. J’enfonce délicatement un doigt dans son anus puis ma langue dans son vagin. Je bande à mort. Je veux qu’à son tour elle me suce. Je me redresse tandis qu’elle s’agenouille. Direct, elle avale ma queue. A vrai dire, je n’aime pas trop ça. Assister à la disparition brusque de sa bite est choquant. Surtout lorsque par sa belle dureté on la croit toute puissante. La saisissant par les cheveux, je fais reculer sa tête. Elle comprend. Elle donne des coups de langue à mon gland me fixant comme une chienne avec ses yeux bleus. Elle est belle, folle. Je bande plus fort. Je veux la réjouir comme elle me réjouit à exhiber sa langue sur mon gland, à me presser les couilles et me mordiller la queue. Je la relève, l’embrasse. « Tu ne trouves pas que j’ai un gros cul » demande t-elle. Les femmes bien foutues sont impossibles. Elle se met à quatre pattes. Je lui relèche la chatte puis m’installe sous elle en bon garagiste. Sucerie mutuelle. « Je te veux en moi » elle dit. « J’ai envie de t’enculer » je réponds. « Est-ce bien raisonnable ? » demande t-elle. Je ballade ma langue dans son anus. « Au point où on en est ».

2013/02/04

Un petit bonheur






Hervé pénètre dans le restaurant.
Tout de suite, Ali l’accueille avec son sourire chaleureux :
« Bonjour, Hervé, comment ça va ? »
« Bof » rétorque l’homme de cent trente kilos. Il porte un pull sombre qui amoindrit ses formes. Ses cheveux courts sont poivre et sel. Sa face rouge est bouffie par l’alcool.

2012/12/20

La seule meuf de ma vie (Extrait 10)


Je ne suis sorti qu’avec une seule meuf dans ma vie. Et cela n’a duré qu’une semaine. Le lundi, la meuf était super enthousiaste : elle voulait vivre avec moi avoir des mômes et tout le bastringue (l’horreur intégrale, quoi)… Le dimanche à ses yeux, j’étais plus qu’une bonne grosse merde malfaisante. 

2012/12/15

Avoir un clebs (Extrait 9)



A cause du type chelou et mal fringué, je me suis imaginé avec un clebs. Un mastoc et nerveux. Qui produirait beaucoup de bave. Avec des oreilles pointues. Comme ses dents. Poil ras, cœur de fer. Je l’appellerais Tony comme Tony Montana de Scarface. 

2012/12/09

Bouffe avec ma mère (Extrait 8)



L’autre soir, je suis allé bouffer chez ma mère. Je n’avais pas envie, mais elle m’avait tellement tanné au téléphone que j’ai cédé. Et puis ma mère habite dans le même bâtiment que moi, au onze. Je suis au dix-sept, le trajet n’est donc pas trop balèze. L’avantage de cette proximité est que si elle me gave, je me casse instantanément. Ah ouais, je suis une merde, ok tchao. Je claque sa porte et basta. 

2012/12/05

Du balcon (Extrait 7)


Quand j’ai présenté mon appartement, j’ai parlé succinctement de mon balcon. Comme je l’ai dit auparavant ce balcon donne sur le parking de l’immeuble. J’y vais rarement même quand il fait beau. Pourtant, à chaque fois que j’y mets les pieds il se passe toujours quelque chose. L’autre fois, je fumais tranquillement en fixant les voitures garées. Si j’avais eu du pognon et le permis, je me demandais de laquelle j’aurais aimé être propriétaire. Je me demandais aussi de laquelle j’aurais pu ressentir une immense fierté, de celle très rare qui évacue pendant un bon moment les interrogations et livre sans frais de port une raison d’exister. 

2012/12/03

Mes voisins (Extrait 6)



J’ai des voisins bruyants. Je veux parler des voisins du dessous et du dessus. Ceux d’en face sont très discrets. J’ignore à combien ils vivent dans l’appartement, ils semblent nombreux. Je ne vois jamais les mêmes têtes devant la porte. Je pense qu’ils sont trois couples à vivre ensembles mais je n’y mettrais pas ma main à couper. 

2012/11/26

Avoir un bon docteur (Extrait 5)


Cela fait trois semaines que je suis en arrêt de travail. Pour dépression. J’ai consulté trois médecins pour obtenir un arrêt potable. Le premier ne voulait même pas me filer un jour. Estimant que ma dépression était mineure, il m’avait prescrit un régime à base de vitamines et recommandé de faire du sport. « Courez ! » s’était-il écrié comme le prophète du dieu jogging « Ca va vous remettre d’aplomb ! ». Je lui aurais bien fait bouffer son stéthoscope qui frémissait servilement à ses paroles. Autour de moi, les gens passent leur temps à courir et ils en deviennent dingue – ce ne sont plus des mois d’arrêt qu’il leur faudrait mais des caissons d’hibernation. Ils sont terrifiants. Croient-ils qu’en courant, rien ne leur arrivera ? Croient-ils qu’ils gagnent quelque chose à détaler ainsi dans tous les sens ? A la limite, si cette action avait pour but de remplir leurs esprits de piétinements, je comprendrais. Mais sinon, franchement…

2012/11/24

Ma mère (Extrait 4)



Ma mère habite dans le même bâtiment que moi. Au onze. Au troisième étage. Quand je vais chez elle, c’est sa télé qui me réceptionne. Elle est toujours allumée. Lorsque ma mère s’absente, je me demande même si elle ne reste pas allumée. Ma mère déteste les hommes. Elle n’a connu que des déceptions avec eux. Pas un pour rattraper l’autre comme elle dit. Aussi, elle ne veut plus en voir un seul passer le pas de sa porte. Même pas le facteur. Je suis le seul à pénétrer dans son antre. 

2012/11/21

Le centre commercial (Extrait 3)



Le truc qui rassure tout de suite, c’est d’être à côté d’un centre commercial. Vraiment, lorsqu’on vit à côté d’un tel édifice, on se retire facile la moitié des angoisses. 

2012/11/19

L'appartement (Extrait 2)


Mon appartement est un trois pièces. Ses murs doivent être en polystyrène (j’ai pas encore essayé d’en traverser un en courant) vu qu’on entend parfaitement ce que font et disent les voisins. Dans la salle à manger, j’ai mis une plante (un ficus) qui s’appelle Joséphine. Je lui parle et elle ne me répond pas. Quand je sens qu’elle désapprouve mon point de vue, je ne l’arrose pas pendant une semaine. 

2012/11/15

L'immeuble (Extrait 1)



J’habite un immeuble en banlieue. Le truc date des années 70, une longue barre blanche constituée de matériaux fragiles. D’un côté, le parking, de l’autre un cimetière, pas très loin un centre commercial puis d’autres immeubles, plein d’autres, l’air mal foutus, bizarres.

2012/11/13

L'immeuble




L’immeuble a été écrit dans la douleur. Un truc que je portais depuis longtemps. Il y a eu plusieurs faux départs et puis un jour, c’est vraiment parti. Au fur et à mesure de son écriture, je me suis rendu compte que cette histoire ne suffirait pas. Il manquait des éléments pour que le tableau soit complet. Ce roman est donc le premier volet d’une trilogie – il raconte l’histoire de Boris qui vit seul dans un immeuble en banlieue. Comme il n’aime pas bosser, il s’est mis en arrêt maladie. Comme il n’aime pas ses voisins, il les évite comme la peste. De temps à autre, il va manger chez sa mère qui habite dans le même immeuble que lui, au onze. Même si sa vie est au point mort, elle lui convient et il est prêt à tout pour garder sa tranquillité. Hélas pour lui, des événements extérieurs vont perturber son train-train, l’obligeant à agir.

Extrait au prochain post

2012/11/03

Les deux petits vieux



Deux petits vieux s’installent à la terrasse déserte d’un café.
Lui est noir, maigre, avec une barbe blanche et porte un costume  en velours jaune trop grand.
Elle est vêtue d’une veste courte et sombre qui doit avoir son âge, d’un jean et de tennis bon marché. Sa paire basique de lunettes lui mange le visage.

2012/10/31

Harcèlement moral




Du comptoir, on peut voir un bout silencieux de télévision. Un spot publicitaire pour une assurance y passe qui ressemble à de la propagande nazie. Les comédiens, strictement vêtus, outrageusement maquillés, ont tous le bras levé et le sourire cauchemardesque.

2012/10/26

Extrait des Super Filles



Accoudé au portillon de sa maison, David scrutait avec angoisse la rue. Un vent fort soufflait dans le jardin, malmenant l’herbe et les feuillages des arbres. Parfois, David se retournait, craignant que quelque chose ne l’attaque par derrière. Bizarrement, sa main droite restait collée à son coude gauche et se crispait lorsque sa peur devenait trop forte. Qu’est-ce qu’elles fabriquaient ? Cela faisait maintenant plus d’un quart d’heure qu’il les avait prévenues et elles n’étaient toujours pas là. Pour des super héroïnes, elles n’étaient pas super rapides. Pourtant, elles savaient qu’il y avait urgence. David était le dernier enfant à s’être blessé en tombant de son vélo. Sa blessure au coude avait cicatrisé. Une attaque pouvait avoir lieu à tout moment.

2012/10/25

Les Super Filles







Le premier récit que j'avais écrit avec les Super Fillles était bancal mais l'essentiel était là. Une équipe de trois super héroïnes : Divine, la blonde, qui possède des cartes magiques, Lassogirl, la brune, qui est une as de la corde à sauter et Tam'girl, la rousse, qui dirige un Tamagochi vivant. Et surtout un méchant récurrent et charismatique, Arnold Baltimore. Un être au cerveau parfaitement dérangé et à l'aspect totalement répugnant.

J'ai écrit  un deuxième récit, plus abouti, qui est devenu la première véritable aventure des Super Filles.

Récemment, j'ai mis en ligne sur Amazon leur deuxième aventure. Elle s'intitule le piège.

Une troisième aventure est en cours d'écriture.

Extrait au prochain post.

2012/10/22

Le vieux garçon de café


C’est un bar sur un grand boulevard qui ne paye pas de mine. A côté de ses semblables aux passés prestigieux, aux façades somptueuses et aux terrasses étendues et combles on dirait une anomalie. Un bar de banlieue oublié, un austère débit de boissons. Peu de monde à l’intérieur comme si un virus planait au-dessus des tables vides plongées dans la pénombre. Au fond de la salle, une télé fixée au plafond sur laquelle un journaliste de chaîne d’info continue monologue. Près du comptoir, un écran de Rapido affichant ses séries de numéros monotones. Je m’y installe, remplissant une grille sans grand espoir de gagner.

2012/10/19

Pensée 2


Je ne suis pas plus envieux qu'admiratif de ceux qui obtiennent vite et facilement les choses.

2012/10/16

Extrait du prof racaille





Quand il est entré dans la classe, on s’est regardés avec Mustapha. Je crois qu’on n’avait jamais vu ça.
Le prof portait un bas de survêt Nike et des tennis Puma rouges vachement flashantes. Il avait aussi un sweat sur lequel était dessinée la face méchante du Blade et une casquette à l’envers. Il a posé son sac à dos par terre, s’est tourné vers nous et nous a tous dévisagés.

2012/10/15

Le prof racaille






Gamin j'adorais le petit Nicolas. C'était le seul bouquin que je lisais sans image. Le temps a passé et j'ai toujours gardé dans un coin de ma tête l'idée d'écrire un petit Nicolas à ma manière. Aujourd'hui c'est fait. La série s'appelle le grand Marco et se passe au collège. Elle réunit une bande de copains, chacun avec un trait de caractère particulier. Il y a Marco le narrateur, Mustapha le radin, Stéphane le dur, Karim le comique et Ernest le râleur.
Pour cette première aventure, nos héros ont affaire à une personne mal intentionnée. Il s'agit de leur nouveau prof de français, Olivier Lelour. Vêtu comme eux et balèze, l'homme a décidé d'arrondir ses fins de mois en les rackettant. Accepteront-ils cette situation ?

Malgré la gravité du sujet abordé, le ton de ce texte reste évidemment humoristique. (Extrait au prochain post)

2012/10/14

Dans la maison




Je m'attendais à un truc pourri et j'ai été agréablement surpris. Bien sûr, le film n'évite pas les poncifs et les théories fumeuses sur la littérature (le prétendu talent dont on a besoin pour bien écrire et les prétendues règles à suivre pour réussir une bonne histoire). Cependant les acteurs jouent juste et l'histoire, bien que casse-gueule, reste en équilibre jusqu'au bout de son fil tendu.
A côté de moi, une miss popcorn grignotant un à un ses grains de maïs soufflés remplissant un gobelet grand format. Le gobelet terminé à la moitié du film, la miss quittera la salle.

2012/10/05

Pourquoi l'e-book ?


Au bout d’un moment on est fatigué des réponses négatives et anonymes des maisons d’édition (quand elles répondent). Surtout lorsqu’on est parvenu à une certaine maîtrise de son art.
Le problème est que les maisons d’édition n’ont pas les moyens de faire face aux arrivages toujours plus croissants de manuscrits. Forcément, elles écrèment et cet écrémage est sauvage (je repense à cette scène d’un reportage sur les maisons d’édition où l’on voit un vieux type blasé et croulant chargé de cet écrémage mettre de côté un manuscrit après la lecture de deux phrases). La chance pour que son texte intéresse un éditeur est donc extrêmement faible. Pour ne pas dire quasi inexistante. L’exemple du type qui a envoyé son manuscrit par courrier et qui est édité demeure l’exception qui confirme la règle.
Je reste convaincu que pour être édité, il faut être en contact avec des gens dans l’édition. Et c’est tout à fait naturel. Fréquenter l’autre, le connaitre, n’est-ce pas également découvrir son univers ? De plus, en rencontrant d’abord les gens, on suscite en eux l’envie d’en savoir plus sur votre personne et donc sur vos écrits (même si l’un et l’autre n’ont strictement aucun rapport). Le blème, c’est que ces gens ne veulent pas forcément vous voir (et pour cause ! elles savent très bien que cela peut influer sur leur jugement). Et puis on n’est pas obligatoirement d’un naturel extraverti.
Que faire alors ? Dans mon cas, soit je continuais à écrire dans mon coin et à attendre qu’un jour peut-être, un de mes écrits soit lu totalement et corresponde à la politique éditoriale du moment d’une maison d’édition (sans que cela me garantisse grand chose). Soit je profitais du développement de l’e-book pour publier mes œuvres. Le choix fut vite fait. Même si j’appartiens à la génération qui lit encore des livres papier, en tant qu’auteur, la publication électronique m’a offert de nouvelles perspectives. Déjà plus besoin de passer par un intermédiaire pour être publié. Deuxième point important, j’ai un accès direct avec les lecteurs (même si en réalité c’est plus compliqué que ça). Enfin, dans ma façon d’écrire, je m’y retrouve (en effet, j’écris par séries – il y a la série histoires noires qui sont des contes pour enfants qui ne finissent pas toujours bien, les Super Filles, pôvre Rémi, le grand Marco, le détective privé Ricky Bone etc… Or comment écrire une suite, si déjà la première histoire qu’on a écrite n’intéresse pas les professionnels et n’est pas publiée ?).
Bref, ces trois données ont fait pencher la balance en faveur de cette formule.
A ce jour, j’ai publié huit écrits sur Amazon. Il est encore trop tôt pour savoir si, au niveau « du public touché », j’ai eu raison de prendre cette décision. Cependant, il y a un effet bénéfique indiscutable, je suis entré dans une dynamique. Bien que l’écriture soit avant tout pour moi un besoin, je n’ai plus le sentiment d’écrire dans le vide. Et ça, déjà, ça m’a donné un inestimable coup de fouet !

2012/10/01

Pensée



J'écris dans l'urgence et l'inconfort et mon écriture est le fruit de cette urgence et de cet inconfort.

2012/09/23

Expendables 2


Vu dans un ciné municipal dans un bled paumé (Lesparre fait vivre).
Au début, les types massacrent les chinois qu'on ne nomme pas. Puis ils finissent par dégommer une bande d'étrangers dirigée par un belge sanguinaire (limite pas crédible).
Failli m'endormir si les fusillades incessantes et ma chaise en fer perquisitionnée à un établissement scolaire n'avaient pas contrarié mon sommeil.