2020/02/08

L'avant combat (Crise internationale 20)




 


Du côté américain, on n’escomptait pas non plus que le vrai président pose ses pieds sur le ring. En un temps record, une flopée d’ingénieurs militaires construisirent un robot de combat à l’image de Donald Moumoute. Seul hic, l’original voulait à tout prix en découdre. Au beau milieu des réunions, il lui arrivait souvent de se dresser d’un bond, traitant son futur adversaire de tous les noms et effectuant de ridicules moulinets avec ses poings.

Dans son esprit, il ne faisait aucun doute qu’il allait gagner, il possédait un direct du droit dévastateur. De plus, son jeu de jambes était fabuleux, mélange de danse et de patinage artistique. À la suite de ces vantardises, il se lançait alors dans une démonstration échevelée, la face rouge et la touffe bringuebalante et s’arrêtait systématiquement au bout d’une vingtaine de secondes, lessivé.

Il fallut se servir à nouveau de la ruse du hamburger pour qu’il change d’avis. Du moins pour qu’il accepte déjà de voir le robot baptisé Moumoutor à l’œuvre.
Dès que la machine, opposée à une dizaine de détenus provenant de Guantanamo arracha avec sa main le cœur du premier assaillant, Donald Moumoute fut conquis. Il oublia son idée de combattre, subjugué par Moumoutor. Quel guerrier formidable ! Il avait l’air vraiment vivant ! Presque plus vrai que lui-même ! Et quand ses concepteurs lui précisèrent qu’il était aussi capable de rédiger des tweets, le président en eut la mèche vibrante. Il faillit embrasser sur la bouche son double en acier. Déjà, il imaginait la fin de son calvaire, ces nuits blanches interminables à essayer de produire un message de moins de cent quarante caractères. Il imaginait également à quelles autres corvées il allait échapper grâce à cette merveille : les réunions, les réceptions, les interventions, les discussions en tête à tête (souvent pleines de blancs qui changent les minutes en heures)... Il allait avoir enfin du temps libre et ainsi, pouvoir partir à Cancun et se dorer la pilule au soleil (vraiment Donald Moumoute n’était pas à une contradiction près) !

En attendant cette ère nouvelle, il se frottait les mains à l’idée de voir bientôt Kon Je Nou la poitrine perforée et les yeux dilatés par une incommensurable détresse.

 

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