2012/12/03

Mes voisins (Extrait 6)



J’ai des voisins bruyants. Je veux parler des voisins du dessous et du dessus. Ceux d’en face sont très discrets. J’ignore à combien ils vivent dans l’appartement, ils semblent nombreux. Je ne vois jamais les mêmes têtes devant la porte. Je pense qu’ils sont trois couples à vivre ensembles mais je n’y mettrais pas ma main à couper. 
Deux couples sont très vieux, le troisième est juste un tout petit peu plus jeune. Faute de moyens se partagent-ils le loyer à six ? Ou sont-ce les parents d’un des membres du couple plus jeune qui hébergent tout le monde ? En tout cas, je n’ai pas à me plaindre d’eux. Ils font bien attention et sont respectueux. Lorsqu’ils se parlent dans le couloir, ils chuchotent. Lorsqu’ils ouvrent ou ferment leur porte, ils le font en douceur. Ils éternuent rarement. Des anges. Pour les autres, je ne peux pas en dire autant. Je ne les ai jamais vus, ni croisés, mais je les entends parfaitement. D’abord, ma voisine du dessus, une grosse baiseuse aimant la queue. Je dis ma voisine parce que j’ai la certitude qu’elle change souvent de queue. Les coups qu’elle reçoit à toute heure du jour ou de la nuit diffèrent. Les voix de ses partenaires mâles lorsqu’ils s’expriment, aussi. Une vraie chienne en chaleur poussant des cris interminables de jouissance. « Prends-moi sur la table !». « Oh oui ! Défonce-moi le fion ! ». « Oh sale brute ! Finis-moi ! Achève-moi ! Tue-moi ! » puis des cris encore et encore en écho à des coups toujours plus virulents et forts. Les premières fois, je me suis branlé avec enthousiasme en écoutant cette salope. J’ai connu quelques orgasmes honorables. Puis je me suis lassé. Je n’ai plus eu envie de me toucher le sexe à ses hurlements.  Puis j’en ai eu marre. J’ai donné des coups de manche à balais au plafond au moment de ses ébats. J’ai répété exagérément ses cris et ses encouragements sexuels. J’ai foutu très fort des films pornos puis des clips musicaux des années 80 puis France Info. Rien n’y a fait. Elle a continué comme si de rien n’était. J’avoue, je n’ai pas trop insisté. Je suis du genre à me décourager très vite. Et puis je suis lâche. Et puis je suis faignant. Monter à l’étage et frapper à sa porte aurait nécessité que je me fasse doublement violence. J’aurais pu éjaculer dans sa boîte aux lettres mais, dans le fond, c’était une vengeance puérile. Et pour exécuter cette vengeance puérile, j’aurais dû monter jusqu’à sa porte pour voir son numéro et comme je suis faignant... Sans parler du fait qu’il fallait se branler dans le hall d’entrée sans être surpris ou vu. Même tard dans la nuit, avec les jeunes devant l’entrée, c’est chaud. Non, ce plan n’était décidément pas réalisable... Encore une vengeance bonne à foutre aux détritus.
Pour mon voisin du dessous, je n’ai même tenté de le calmer par des coups de manches à balai. Et pourtant lui aussi c’est un gueulard. Mais c’est un gueulard méchant qui passe son temps à hurler contre sa femme. Et si sa femme a le malheur de lui répondre deux mots, il en hurle trois mille sans respirer. Ca peut durer toute l’après-midi et une bonne partie de la soirée. Il est infatigable. Sa femme a beau changer de pièce, il la suit comme un roquet. C’est un coup à péter un câble. Si j’avais été sa femme, je lui aurais coupé les burnes pendant son sommeil, les aurais fait frire et donné à bouffer à un clebs errant. Le reste, je l’aurais utilisé comme porte-manteau humain. J’aurais fait aussi sécher mes vieux strings dessus. Ce type doit être chômage. Il quitte rarement son appart’. En tout cas, je l’entends souvent gueuler à l’intérieur. A moins qu’il bosse à domicile. C’est possible également. Avec sa femme. Et sa femme fait sans doute mal le boulot. Voilà pourquoi il gueule. Il y a des explications à tout.

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