2012/10/16

Extrait du prof racaille





Quand il est entré dans la classe, on s’est regardés avec Mustapha. Je crois qu’on n’avait jamais vu ça.
Le prof portait un bas de survêt Nike et des tennis Puma rouges vachement flashantes. Il avait aussi un sweat sur lequel était dessinée la face méchante du Blade et une casquette à l’envers. Il a posé son sac à dos par terre, s’est tourné vers nous et nous a tous dévisagés.


Personne n’a moufté. Faut dire, à la rentrée personne ne moufte, on attend encore un peu. Mais là, quand même, y’avait de quoi...
Merde, qu’est-ce que c’était que ce prof ?
Fadhila m’a fait un clin d’œil. Fadhila est amoureuse de moi, mais j’ai pas l’intention de coucher avec elle. Ou alors faudra qu’elle me paye... et en liasses de billets, s’vous plait !
« Ok, les branlos » a fait le prof « Je m’appelle Olivier Lelour. J’suis vot’ prof principal et j’enseigne le french... Je répète : Lelour, celui ou celle qui fait une faute dessus, c’est ma main dans la gueule, pigé ? »
Silence.
Le prof a souri. Il a fouillé dans la poche de son bas de survête et en a sorti un paquet de clopes. On s’est à nouveau regardé avec Mustapha.
« Quelqu’un a du feu ? » a demandé le prof, mine de rien.
Silence encore.
« Bordel ! » s’est énervé le prof « Vous allez pas me dire que personne ne fume ici ! »
Là, Dephine a pas pu s’empêcher d’intervenir : « Mais m’sieur, c’est interdit de de fumer en classe ! »
Le prof s’est direct mis en face d’elle. Delphine n’en menait pas large.
« Va au tableau ! » lui a t-il ordonné en se foutant la clope dans la bouche. Delphine était tétanisée. Mais je la comprenais : qui a envie d’aller au tableau le jour de la rentrée.
« Va au tableau ! » a répété le prof, super durement.
Delphine avait presque les larmes aux yeux, mais elle y est allée.
« Et maintenant écris mon nom, toi qui te crois si maline » a continué le prof, avec un sourire sadique.
« Mais... » a fait Delphine.
« Y’a pas de mais ! » l’a coupé le prof. Puis il a sorti de son autre poche un briquet et s’est allumé sa clope.
Delphine a pris une craie et a commencé à écrire le nom du prof. Sa main tremblait. Elle pleurnichait un peu aussi.
Le prof s’est approché d’elle. C’était une masse, il faisait facile le triple d’elle. « Ca y est, t’as fini, la maline ? ». Toujours un peu chialante, Delphine a regardé le nom qu’elle venait d’écrire. Sa main tenant la craie s’est approchée du tableau puis est revenue le long de son corps. Delphine a acquiescé. Le prof a regardé le tableau puis Dephine. Sa grosse main a commencé à s’élever dans les airs. « Non ! » a gémi Dephine en se cachant le visage. Mais à la place d’une claque, c’est un nuage de fumée qui lui est allé dessus. Le prof a ricané puis a dit : « T’as de la chance, la maline... Tu as écrit correctement mon nom. Retourne à ta place ».

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